Relations presse · Prise de parole d'expert

Thought leadership, prendre la parole en expert dans les médias

Tribune, interview, avis d'expert, chronique, podcast : les occasions de prendre la parole ne manquent pas. Encore faut-il avoir un angle, choisir le bon format et respecter les règles des rédactions. Je vous montre comment faire, et pourquoi ces prises de parole comptent aussi pour les IA.

Propulsée par Morgane Plantrou & Alexandre Montenon

Par Morgane Plantrou, cofondatrice de KontenuMis à jour le 21 octobre 2026Lecture : 8 min

La réponse en bref

Le thought leadership consiste à défendre publiquement un point de vue argumenté sur son métier, dans des formats comme la tribune, l'interview d'expert, l'avis d'expert, la chronique, le podcast ou la conférence. Un bon angle s'appuie sur une connaissance de terrain, une prise de position et une accroche d'actualité. Une tribune se propose à un seul média à la fois, en respectant la longueur de la rubrique. Ces prises de parole renforcent aussi la visibilité dans les IA, qui citent largement les articles de presse.

Pour une rédaction, un expert qui ne s'exprime jamais n'existe pas. Il peut être brillant, il reste invisible.

Le thought leadership, c'est l'inverse. Partager publiquement un point de vue argumenté sur son métier, assez solide pour qu'un journaliste ait envie de le publier ou de le citer.

C'est aussi une des meilleures façons de faire vivre vos relations presse toute l'année, même sans lancement ni chiffre d'affaires record à annoncer. Voici comment je m'y prends, format par format.

Pourquoi les décideurs lisent (encore) les experts

On pourrait croire que tout le monde en a assez des « contenus d'experts ». Les chiffres disent autre chose, à une condition : que le contenu ait quelque chose à dire.

Le rapport 2025 d'Edelman et LinkedIn sur le thought leadership B2B s'est intéressé aux « acheteurs cachés », ces personnes des achats, du juridique ou des RH qui pèsent dans une décision sans être en première ligne. Résultat, 86 % d'entre eux veulent des contenus qui bousculent leurs certitudes, et 79 % se disent plus enclins à défendre en interne une entreprise qui publie régulièrement des analyses de qualité.

Statistiques du rapport Edelman LinkedIn 2025 sur le thought leadership B2B et les acheteurs cachés
Les décideurs attendent des analyses qui dérangent un peu, pas des textes tièdes.

Lisez bien la première statistique. Ce qui intéresse, c'est un regard qui dérange un peu. Un texte tiède qui répète ce que tout le secteur dit déjà n'apporte rien à personne, ni au lecteur, ni au journaliste, ni à vous.

Tribune, interview, chronique… quel format pour quel objectif ?

La prise de parole d'expert prend plusieurs formes. Elles ne demandent pas le même effort, et ne rapportent pas la même chose.

FormatQui tient la plumeEffort pour vousCe que ça apportePoint de vigilance
TribuneVous, texte signéÉlevéVotre idée en entier, sous votre nomDéfendre une idée, jamais une offre
Interview d'expertLe journalisteMoyenLa crédibilité du média, un ton naturelVous ne maîtrisez pas le montage final
Avis d'expert (citation dans un article)Le journalisteFaible, mais il faut être réactifUne présence régulièreRépondre dans l'heure, pas dans la semaine
ChroniqueVous, à date fixeTrès élevéUn rendez-vous avec les lecteursTenir la cadence sur la durée
PodcastUne conversationMoyenDu temps long, votre voix, des histoiresPréparer des exemples, pas un discours
Conférence, table rondeVous, à l'oralÉlevéUn contact direct avec le publicSi rien n'est enregistré ni repris, tout s'évapore

Mon conseil pour démarrer : un avis d'expert bien placé et une tribune par trimestre valent mieux qu'une chronique abandonnée au troisième numéro.

Trouver son angle en trois questions

Le format, c'est la forme. L'angle, c'est ce qui fera dire oui à une rédaction. Pour le trouver, je pose toujours les trois mêmes questions.

Qu'est-ce que je sais que les autres ne savent pas ?

Votre terrain. Ce que vous voyez chez vos clients, dans vos chiffres, sur vos chantiers. Un expert apporte une matière que le journaliste ne peut pas trouver seul.

Avec quoi suis-je en désaccord ?

Chaque secteur a ses idées reçues. Celle que vous contestez, arguments à l'appui, fait souvent un excellent point de départ. Pas besoin de provoquer pour provoquer : il suffit d'assumer.

Pourquoi maintenant ?

Une loi qui entre en vigueur, une étude qui vient de sortir, un débat qui agite le secteur. Sans accroche d'actualité, même une bonne idée attendra longtemps sur le bureau d'une rédaction.

Le bon réflexe

Faites le test du dîner. Si vous ne pouvez pas résumer votre idée en une phrase qui ferait réagir quelqu'un à table, l'angle n'est pas prêt. Retravaillez-le avant d'écrire la moindre ligne.

Un cas d'école, fictif, pour se représenter la chose. La dirigeante d'une entreprise de rénovation énergétique propose « La rénovation, un enjeu d'avenir » : aucune rédaction ne bougera. Elle propose « Arrêtons de vendre la rénovation comme un geste pour la planète, parlons de confort » : là, il y a un point de vue, une tension, un débat possible.

Écrire une tribune presse, les règles du jeu

La tribune est le format le plus exigeant, et le plus convoité. Les rédactions en reçoivent beaucoup, et en publient peu.

Dans une enquête de La Revue des médias de l'INA, le responsable des pages Idées-Débats du Monde évoquait une cinquantaine de tribunes reçues chaque jour, pour des textes de 6 000 à 10 000 signes, parfois plus. Ouest-France en recevait une dizaine par jour et en publiait environ deux.

Les critères cités sont limpides : l'actualité du sujet, la qualité de l'argumentation, la maîtrise du thème, et l'absence d'esprit de revanche. La même enquête rappelle que les auteurs ne sont généralement pas rémunérés.

Extrait de La Revue des médias de l'INA sur la sélection des tribunes au Monde
Les critères des rédactions sont publics : actualité, argumentation, maîtrise du sujet. Calez votre tribune dessus.

Commencer par un synopsis

Certains médias publient leurs règles noir sur blanc. Reporterre demande d'abord un synopsis de deux ou trois paragraphes et quelques lignes sur l'auteur, avant d'accepter un texte de 6 000 signes maximum.

Même sans obligation, la démarche a du bon. Proposer l'idée avant d'écrire évite de passer deux jours sur un texte que personne n'attend.

Page de Reporterre expliquant comment soumettre une tribune
Exemple de règles publiques : on propose d'abord un synopsis, puis on écrit le texte s'il est accepté.

Longueur, signature, exclusivité

  • ➭ Longueur : regardez les tribunes déjà publiées par le média visé et calez-vous dessus. Un texte trop long sera coupé, ou refusé.
  • ➭ Signature : un nom, une fonction, une ligne de présentation. Une tribune engage une personne, pas un logo.
  • ➭ Exclusivité : je propose une tribune à un seul média à la fois, avec un délai de réponse. Imaginez la rédaction qui découvre votre texte chez un confrère le jour où elle allait le publier.
  • ➭ Ton : une idée, défendue de bout en bout. Le nom de votre entreprise peut apparaître dans la signature, pas dans chaque paragraphe.

Testez-vous

Combien de tribunes Le Monde disait-il recevoir par jour, selon l'enquête de l'INA ?

Le responsable des pages Idées-Débats évoquait une cinquantaine de tribunes par jour. D'où l'importance d'un angle fort.

Peut-on envoyer la même tribune à trois journaux en même temps ?

On propose une tribune à un seul média, avec un délai de réponse. Sinon, on risque une double publication et la confiance de deux rédactions.

Qu'est-ce qui fait d'abord publier un avis d'expert ?

Un journaliste qui boucle a besoin d'une réponse claire, sourcée et rapide. Le premier expert joignable est souvent celui qui est cité.

Interview d'expert et avis d'expert, devenir la source qu'on rappelle

Ici, c'est le journaliste qui écrit. Votre travail consiste à lui rendre la vie facile.

  • ➭ Soyez joignable vite, avec un numéro direct. Un journaliste qui boucle à 17 h ne rappellera pas le lendemain.
  • ➭ Préparez trois messages clés, chacun appuyé par un chiffre sourcé ou un exemple concret.
  • ➭ Parlez simplement. Une phrase claire a plus de chances d'être citée qu'un paragraphe prudent.
  • ➭ Acceptez les règles du jeu : vous pouvez demander à vérifier une citation technique, la relecture de l'article entier n'est pas un dû.

Le piège à éviter

Glisser le nom de votre produit dans chaque réponse. Le journaliste coupera, et ne vous rappellera pas. Votre expertise suffit à faire passer votre nom : c'est lui qu'on retient, avec celui de votre entreprise en légende.

Pour être sollicité, il faut d'abord être identifié. C'est tout l'enjeu du premier contact, que je détaille dans la page pour contacter un journaliste.

Pourquoi vos prises de parole nourrissent aussi les IA

Voici un effet que peu d'entreprises anticipent. Une tribune ou une interview publiée dans un média reconnu sert aussi de source aux assistants IA.

Muck Rack a analysé plus de 25 millions de liens cités par ChatGPT, Claude et Gemini : dans son édition de mai 2026, le journalisme représente 27 % des liens cités, et le contenu payant ou publirédactionnel 0,3 %.

Un article qui vous présente comme expert d'un sujet, sous votre nom, associe durablement votre nom à ce sujet dans un texte que les IA peuvent lire. C'est précisément là que mon travail rejoint celui d'Alexandre, qui suit ce que les IA répondent sur votre marché. Je l'explique en détail dans la page sur les relations presse IA.

Et vos propres textes comptent aussi : une tribune republiée sur votre site, bien structurée, fait partie des contenus citables par les IA.

Avant d'envoyer, la checklist

  • ➭ Mon idée tient en une phrase, et elle prend position.
  • ➭ J'ai une accroche d'actualité.
  • ➭ J'apporte une matière que le journaliste ne trouvera pas ailleurs.
  • ➭ J'ai lu les tribunes ou interviews récentes du média visé.
  • ➭ Mon texte respecte la longueur habituelle de la rubrique.
  • ➭ Je ne l'ai proposé à personne d'autre.
  • ➭ Mon entreprise apparaît dans la signature, pas dans l'argumentaire.

Sept cases cochées ? Vous pouvez envoyer. Une case vide ? Mieux vaut un jour de travail en plus qu'une idée grillée auprès d'une rédaction.

Vous avez un point de vue sur votre métier, mais pas le temps de le porter dans les médias ?

>>> Je veux faire entendre mon expertise

Ce qu'il faut retenir

  • ➭ Le thought leadership consiste à défendre publiquement un point de vue argumenté sur son métier.
  • ➭ Tribune, interview, avis d'expert, chronique, podcast, conférence : chaque format a son effort et son bénéfice.
  • ➭ Un bon angle répond à trois questions : ce que je sais, ce que je conteste, pourquoi maintenant.
  • ➭ Une tribune se propose à un seul média à la fois, idéalement via un synopsis.
  • ➭ Les articles de presse font partie des sources que citent les IA : prendre la parole dans les médias nourrit aussi votre visibilité IA.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le thought leadership ?

C'est le fait de partager publiquement un point de vue argumenté sur son domaine, par des tribunes, interviews, chroniques ou conférences, pour être reconnu comme une référence par son marché et par les journalistes.

Quelle longueur pour une tribune presse ?

Elle dépend du média. Le Monde évoquait des textes de 6 000 à 10 000 signes, Reporterre fixe un maximum de 6 000 signes. Le plus sûr est de lire les tribunes récentes de la rubrique visée et de s'aligner.

Peut-on proposer la même tribune à plusieurs journaux ?

Pas en même temps. L'usage est de la proposer à un seul média, avec un délai de réponse, puis de la proposer ailleurs en cas de refus ou de silence.

Une tribune est-elle rémunérée ?

En général, non. L'enquête de La Revue des médias de l'INA indique que les auteurs de tribunes ne sont généralement pas payés, sauf rares exceptions comme certaines commandes.

Morgane Plantrou · Cofondatrice de Kontenu, spécialiste des relations presse. Elle pilote les angles, les journalistes, les pitchs et les retombées médias.